Introduction

Bonjour à toi cher ami.
Te voilà échoué (si j'osais je ferai la comparaison avec la grande baleine bleue mais j'ose pas) sur les plages désertiques de ce qui s'avère être mon cerveau et tout autre connerie qui en sort (ba oui c'est merda mais qu'est-ce-que j'y peux moi?!).

Alors ici tu l'auras compris (ou pas, mais ça c'est pas mon affaire), j'écris.
Alors si le coeur t'en dis tu lis, mais comme je suis pas ta mère, je vais pas vérifier alors en gros l'idée c'est "t'es majeur et vacciné et alors (j'ai le droit d'être vulgaire) et de te dire DEMMERDE-TOI!", et si tu n'es pas majeur et ba c'est pareil!

Bref, sur ce, on va pas y passer le réveillon donc je m'arrache la vache!
Bonne Lecture

Introduction
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# Posté le mardi 24 juin 2008 11:54

Modifié le mercredi 29 juillet 2009 12:51

Repas de Famille

Sur tous les visages, les sourires sont figés et artificiels. Dans ce séjour qui ressemble plus à un musée d'après-guerre qu'a un salon, la petite famille est réunie. Les parents, devenus grands parents depuis longtemps déjà, sourient à leur progéniture, plus empathé et hypocrite que jamais.
L'enfant prodigue, Phillipe, resplendissant de mépris, regarde sa femme faire des allées et venues de la cuisine au salon sans bouger d'un pouce.
Faisant face à son unique frère, l'ainée des trois enfants, Evelyne, sourit par nécessité plus qu'autre chose, en jetant un regard mauvais au gros chien baveux qui l'approche d'un peu trop près. La benjamine, Catherine, sourit pour cacher sa souffrance. Elle sait que c'est inutile car personne n'est vraiment là pour lui rendre son sourire. Elle aura 47 ans demain mais tout le monde a oublié.
Si on s'est réuni aujourd'hui ce n'est que pour féliciter Phillipe de son voyage en Australie, où il a monté une agence de voyage avec sa fille ainée.
Les parents sont en admiration devant leur unique fils, le patriarche, fier que son fils ait enfin donné vie au rêve de son père. Les compliments pleuvent, les remerciements fusent, et les va et vient d'Annie ne cessent plus. Les petits enfants sont à l'étage, ils jouent gaiement.
Catherine, est épuisée, presque étouffée par toute cette mascarade. Tout le monde se regarde et arbore cet air poli qui sonne plus que faux.
C'est écoeurant.
Ce n'est pas l'envie qui lui manque de tout evoyer balader!
Mais encore une fois, elle est la seule sur qui les scrupules ont jeté leur dévolu.
L'heure de repas a enfin sonné, mettant fin à cet apéritif copieux et interminable. Les convives sont priés de passer à table. Tous ces inconnus sont voués à manger ensemble la blanquette de veau trop cuite d'Annie, voués à passer la journée ensemble pour faire croire qu'ils sont une famille unie... Même les enfants installés dans la salle à manger n'y croient pas. Selon les bons usages on félicite faussement la cuisinière la glorifiant hypocritement du titre de cordon bleu, puis on félicite le travail effectué pour la décoration du salon.
Les chiens aboient dans la cour de la fermette. Phillipe excédé se lève, bruyamment, et sort pour exposer aux trois cerbères sa façon de penser. La violence de ses paroles envers les chiens, donne un aperçu aux enfants du caractère impulsif et autoritaire de leur oncle. Des regard interrogateurs et apeurés circulent autour de la table des juniors.
Catherine pousse un léger soupir. Elle plaint les pauvres bêtes, tout en les enviant un peu. Eux aux moins ont droit à un peu de considération. Ils ont beau être bruyants, puants et passablement laids, ils ont le mérite d'être utile. Or pour Phillipe c'est une qualité essentielle.
Le sourire amer, la benjamine des trois enfants Richard repense à ces 10 années passées en compagnie de son frère. 10 ans d'humiliations, d'élastiques tirés dans les fesses pour qu'elle sorte de sa chambre, 10 ans de gifles données à l'insu des parents pour avoir fait tomber un malheureux poster, 10 ans de sourires narquois sur ce visage méprisant lorsqu'il dénonaçait sa petite soeur pour des méfaits dérisoires. 10 ans en quête de l'affection de son frère. En vain.
Mais les parents n'en sauront jamais rien.

Monsieur Richard est un homme droit, à l'origine du caractère autoritariste de son fils, toujours prêt à offrir sa chemise pour aider les autres. Ne supportant pas d'avoir tort, il a toujours su imposer sa loi et traiter de moins que rien ceux qui ne suivaient pas sa logique. Selon ce patriarche endurcit, les seules valeurs sûres sont l'argent et la réussite profesionnelle, l'une n'allant pas sans l'autre.

C'est donc pour cette principale raison qu'il épousa Madame Richard 56 ans auparanvant. Ancienne institutrice, elle aurait fait une femme au foyer parfaite. Si cette dernière plut tant à son mari cela vient surement de son manque de capacité à prendre des décisions seule et son besoin de dépendre des personnes dominant les autres. A chaque mauvais nouvelle ou à chaque rebellion de la jeune Catherine auprès de son père, Madame Richard ne savait pas adopter d'autre attitude que de baisser les yeux, prendre un air consterné et pleurer en silence. Ses deux filles ne lui attribuent donc aucune qualité maternelle, tandis que son mari a toujours su voir en elle (à sa grande satisfaction) une femme totalement soumise, se complaisant dans ce statut de dominée.

Evelyne, après avoir beaucoup souffert du départ en Afrique pour la carrière se son père, comprit bien vite que pour s'en sortir elle devait trouver rapidement un métier et fuir la maison familiale. Ainsi à 23 ans à peine, elle obtenait son councours de professeur d'hisoire-géographie. Elle se maria à Bertrand quelques temps après et mis au mondes trois magnifiques enfants ; Renaud, Antoine et Mathias. Par la suite, son mari obtint une promotin et fut muté en Guadeloupe pour y occuper un poste de directeur d'hôpital à Pointe-à-Pitre.

Phillipe, baroudeur né, développa dès son plus jeune âge une passion pour les automobiles. Il pu toujours compter sur ses parents pour le soutenir, y compris vis-à-vis de ses échecs scolaires qui n'alarmèrent jamais personne. De fait très tôt on déclara que le système scolaire n'était pas adapté au chérubin. Après un échec au baccalauréat B qui fut rapidement excusé, il se destina à des études en météorologie. Il rencontra Annie, alors secrétaire de l'agence où il travaillait. Malgré le désaccord des parents Richard quant au choix de leur fils pour cette fille pour le moins simplète, ils se mariènt et donnèrent naissance à trois superbes enfants ; Juliette, Thomas et Lucas. Phillipe eu la possibilité de prendre sa retraite très tôt, par conséquent il en profita pour continuer à voyager par-delà le monde, avec le soutien de ses parents, autant psychologique que financier.

Quant à Catherine, elle fut concue accidentellement, et en payera le prix fort toute sa vie. Dès son plus jeune âge son frère aîné lui en voulu d'occuper involontairement la place de petite dernière. Sa soeur Evelyne, quitta la maison alors que Catherine était encore une enfant, ce qui fit des soeurs deux parfaites inconnues. Le manque d'affection et de considération évidents que lui témoignait sa famille, ne l'aidèrent pas à se constuire, c'est pourquoi qu'elle ne trouva de réconfort que dans l'art du dessin et chez ses grands-parents. Catherine, après avoir toujours été vue comme une bonne à rien par sa mère, se battit pour passer un Baccalauréat littéraire. Après l'avoir obtenu (contre toute attente), elle voulu faire les beaux arts. Madame Richard tint secrète cette révélation auprès de son mari, qui du coup força sa fille à suivre un cursus de droit à Grenoble, dans un petit appartement avec sa mère, pendant que lui poursuivait sa carrière à Paris. Elle parvint à intégrer l'IUT d'animation où elle rencontra Denis. Comme elle s'en doutait, personne n'approuva son union, à l'exception des ses deux grands-parents. Quelques mois plus tard elle donna naissance à la petite Chloé, puis la petite Colline. Quand vint la période du divorce avec Denis, son père ne lui adressa plus la parole. Elle du faire face à ce conflit douloureux seule, ses deux filles étant encore trop jeunes pour comprendre quoi que ce soit. Catherine rencontra alors Michel avec qui elle vécu 6 ans avant que le petit Léo ne voie le jour. Aujourd'hui, Catherine tente de trouver un équilibre entre sa vieille rancune envers les 4 Richard qui lui font face, et la perte de ses grands-parents remontant à l'an passé.

Le repas est à présent fini, les trois enfants de Catherine n'ont presque pas touché à leurs assiettes. Les trois enfants Larroche, ont mangé selon les bons usages que leur ont inculqué leur père Bretrand, mais ne décrochèrent pas un mot à leur cousins, sauf l'aîné, Renaud, qui tenta de discuter avec Juliette... mais en voyant les réponses hermétiques que cette dernière lui donnait, il abandonna rapidement. Enfin les trois enfants Richard, ont dévoré leurs assiettes, ordonnant plusieurs fois à leur mère de les resservir.
Que ce soit dans la cuisine ou dans la salle à manger, tous font semblant de s'intéresser aux autres.

Tous sauf Catherine.
Elle demeure silencieuse. Elle a le regard fixé sur sur la part de Baba au rhum géllatineuse qui trône dans son assiette. Les plats tintents, les couverts grincent, les bouteilles se vident, les rires résonnent, les pas d'Annie n'en finnissent plus.
Catherine, se lève alors, silencieuse, sans prévenir personne. Elle passe dans le salon où elle entend le petit Lucas traiter le petit Mathias de « gosse de riche », tandis qu'Antoine, pour défendre son frère, insulte Thomas de « paysan ».
Le ton monte dans la salle à manger. Pour rassurer ses deux filles, Catherine leur adresse un sourire apaisant, et envoie un bisou au petit Léo du creu de sa main.
Elle se dirige alors vers le vieux hall d'entrée, et feint de se rendre aux toilettes. Mais plutôt que d'en ouvrir la porte, elle fait quelques pas vers la vieille porte d'entrée aux vitres crasseuses. Elle l'ouvre le plus discrètement possible, et sort. Une légère brise caresse son visage noyé de larmes.

Là, dans cette fermette miteuse du fin fond de l'Ardèche, elle ne s'étonne pas de voir tomber les flocons blancs et duveteux. Elle ne s'étonne pas de voir cette neige saupoudrer ce funeste après midi d'Août. Elle ne s'étonne pas de constater que cette famille ne lui apporte rien, ne la réconforte en rien, ne la libère en rien, ne la soulage en rien...
Elle les déteste comme ils l'ont tous détestée depuis qu'elle est née. Elle les hait pour ne lui avoir offert qu'une vie de souffrance, de malheur, de mépris. Elle pense à ses 20 ans, qu'elle a gâché. Qu'ils lui ont gâché...
Seul Denis lui a offert l'insouciance, et une jeunesse libre... Ils ont sillonné la France tous les deux, ils ont rigolé comme des enfants, comme des amoureux d'école, comme des amis...
Mais ils n'ont pas su adapter à une vie quotidienne où le risque de s'embourber dans la routine est imminent. Il n'a pas su grandir au bon moment. Il lui en a voulu de cette séparation, de ce choix.
Mais grandir c'est aussi accepter, et vieillir c'est peut-être même pardonner.
Pourtant il y a des douleurs qui ne nous laissent jamais tranquille, qui ne nous oublient jamais... Et sa douleur, sa souffrance est aussi la sienne, et elle sait que le jour où elle n'aura plus mal, le jour où son indifférence aura pris le dessus, ce sera à eux d'avoir mal.
Mais ce jour n'est pas encore arrivé.

Quand elle se décide enfin à rentrer, elle est couverte de poussière blanche. Elle à les cheveux humides, et les mains glacées.
Dans le salon, les Larroche et les Richard n'ont pas céssé les hostilités, tandis que ses trois trésors regardent le conflit s'amplifier sans réagir. Ils savent qu'ils doivent les laisser se débrouiller. S'ils leurs cousins veulent s'enferrer dans la colère, plus personne ne peut rien pour eux.

Catherine retourne s'asseoir à sa place. Elle observe la famille boire leur café, moqueuse pendant plusieurs minutes.
« Mais qu'est-ce-que tu as? Tu es toute blanche? » couine la voix de Madame Richard.
Ils viennent de la voir. Catherine regarde sa mère impassible, mais demeure silencieuse. Elle se tourne alors vers la fenêtre pour désigner la neige qui tombe à gros flocons.
Puis brusquement elle se lève.
« Je ne vais pas tarder. »
Catherine avait pronocé ce paroles d'une voix enrouée. Sa voix, à force de ne pas être sollicitée s'était quasiment éteinte.
Elle aurait voulu ajouter qu'il commencait à se faire tard, et qu'elle ne voudrait pas rouler de nuit sachant qu'en plus elle n'aime pas conduire sous la neige avec les enfants. Mais personne ne cherche à savoir ce qui la précipite à partir si tôt. Personne ne cherche non plus à la retenir. En revanche tout le monde veut bien l'accompagner. Arrivés dans le salon, ils découvrent les Larroche en pleurs, et les Richard térrés dans un coin du salon, lançant des regard mauvais à leurs ennemis.

Catherine prends Léo dans ses bras, et tends la main à Chloé, qui elle même tiens fermement la petite main de sa cadette.
Après une série d'Au Revoir qui sonnent faux, la petite famille monte dans la voiture. Sans un regard en arrière, Catherine démarre la voiture et s'enfuit de cet univers d'apparence.
La voiture demeure silencieuse durant les sept premiers kilomètres. Puis soudain une petite voix s'élève.

« Dis Maman, on est obligé de retourner chez tonton Phillipe la prochaine fois ?...»
Repas de Famille

# Posté le mardi 24 juin 2008 12:50

Modifié le mercredi 29 juillet 2009 12:52

Blocage pour le tire...

Ma tête est vide. Pour me rassurer ma mère me dit que c'est comme si elle était neuve. Mais moi je sais qu'elle est vide. Je ne peux plus me souvenir de rien. Quand je croise quelqu'un dans la rue, il m'arrive de l'arrêter pour lui demander si on se connait. Mais face aux regards hermétiques de ces gens, je m'excuse poliment et je poursuit mon chemin. Et Dieu sait que ce chemin est long.
Ma mère me décrit ce que j'étais et je vais souvent voir les horoscopes ou les rubriques astrologiques, ainsi j'ai appris que j'étais Bélier ascendant Bélier, franc, extraverti, démonstratif, impulsif, naïf, dominateur, impatient, gaffeur, infantile, et téméraire.
Je ne me souviens pas de moi. Alors je suis forcé de croire ce qu'on me dit. Tout est différent maintenant. Mais tout semble normal.
Je vais au lycée, tous les matins je dis bonjour à mes amis, on rigole et ils fument leur clope devant le lycée, nous allons en cours, surtout en cours de maths, on a des contrôles et des bacs blancs, et le soir je rentre chez moi avec la voiture garée un peu plus loin car il n'y a jamais de place, puis je fais mes devoirs comme un parfait lycéen.
Voilà la version officielle de ma vie. Mais la réalité est toute autre.
Tous les matins je vais au lycée, je dis bonjour à de parfaits inconnus, je ne fume plus ma clope devant le lycée, il paraît qu'un jour ça m'a pris comme ça et j'ai arrêté, je tente désespérément de retenir le programme de sept mois de cours de terminale S, je révise mes contrôles et mes bacs blancs, j'étonne la plupart des gens qui m'entourent par mes notes de philo et d'anglais qui sont nettement supérieures à celles de maths et physiques, puis le soir rentre chez moi en bus car je ne sais pas conduire, je m'installe sur mon lit, je prends un bouquin et je lis jusqu'à avoir mal à la tête. Ensuite je vais manger, puis je m'allonge une nouvelle fois sur mon lit en faisant le bilan de toutes les nouvelles choses que j'ai apprises dans la journée.

Les matins s'enchainent. Je ne parviens pas à suivre le rythme. Je me rends compte qu'apprendre une vie ce n'est pas si simple. Je n'arrive pas à suivre mon propre rythme.

"Je suis né le 4 Novembre et j'ai un grand frère de 23 ans, Juliàn. A l'école je n'ai jamais été un élève brillant contrairement à mon frère ainé, mais ça n'a jamais géné personne. Je suis en section scientifique, j'adore les maths et la physique, et j'ai toujours été la bête noire de mes professeurs de littérature et de langue, surtout d'allemand. J'épuise mes proches par mon humour assez déplorable qui les fait quand même bien rire,mais je suis extremement timide. Mon meilleur ami s'appelle Matthieu, on se connait depuis deux ans et demi. Je déteste les rognons, mais j'adore la soupe de brocolis, et les crèmes brulées. Je ne suis pas un sportif acharné, mais je me débrouille en hand-ball.Je suis né le 4 Novembre et j'ai un grand frère de 23 ans, Juliàn."

Voilà trois semaines que je répète ces phrases dans ma tête. Je veux qu'elles résonnent et finissent par prendre toute la place. Je veux qu'elles remplissent le vide, et que je sois convaincu de bien être cette personne. Je dompte mon caractère pour qu'ils puissent me retrouver. Si eux arrivent à retrouver celui que j'étais, alors moi aussi.

Je me lève chaque matin depuis trois semaines sans savoir qui je suis. Quand je regarde mon permis de conduire, mes mains qui deviennent moites, et les fameuses phrases tournoient dans ma tête. Je l'ai eu il y a 1 mois. J'aurais pu en être très fier. Mais je m'en fous.
Je ne peux même pas regretter ce qui s'est passé parce que je ne le sais pas.
Cet après midi là, il ya trois semaines, je ne sais pas où j'allais. Quand j'ai pris la voiture, je ne sais pas où j'allais. Quand j'ai eu cet accident, je ne sais pas où j'allais, ni pourquoi j'y allais, ni à quelle heure j'y allais, ni avec qui j'y allais, ni à la place de quoi j'y allais... Et encore moins comment ça s'est passé.
Je ne sais pas. Je ne saurais jamais. Je ne saurais jamais plus.
Cet après midi là, je me suis éteinds.
Je ne suis plus moi, je me suis perdu.

Je regarde ma carte d'identité, mais en fait je regarde un inconnu. Sur la photo j'ai neuf ans. Neuf ans.
Je ne me souviens pas avoir été un gosse. Je n'ai pas eu d'enfance.
Je suis né il y a 3 semaines.

# Posté le samedi 28 juin 2008 20:07

Modifié le dimanche 29 juin 2008 06:23

Illusion Pessimiste

Illusion Pessimiste
7h03. Comme à mon habitude je suis en retard. Pourtant aujourd'hui je ne devrais pas. J'ai rendez-vous dans une maison d'édition pour un entretien d'embauche. Je dois y être à 8h00 pétantes et il est déjà 7h05. Je dois encore déjeuner, me laver, m'habiller, et ne pas rater le bus qui passe à 7h40.
Je ne veux pas me lever. J'ai encore passé le plus clair de ma nuit à cogiter. J'ai comme un mauvais pressentiment, il y a comme une sorte de mauvaise augure qui plane sur cette journée.
Et si je n'y allais pas?
J'ai tellement peur de l'echec que je préfère anéantir toutes mes chances de réussir. C'est beaucoup plus simple. Je n'aurai pas à affronter ma déception.
Vont-ils m'accepter ? Je ne sais pas.
Pourquoi m'accepteraient-ils? Après tout je suis une fille banale de 24 ans, je n'ai jamais rien réalisé d'exceptionnel. Après mon Bac littéraire, que je n'ai même pas eu avec mention, j'ai fait un Master en littérature anglaise, dont deux ans à Edimbourg. Certes je parle l'anglais à la perfection, mais après... Pour eux ça n'est sûrement pas suffisant.
Je ne vais pas y aller. C'est mieux, comme ça si je ne suis pas prise je n'aurai aucun regret!
Mais pourquoi ne m'accepteraient-ils pas? Après tout je parle très bien l'anglais et je suis une pointure en littérature Anglophone. Et puis ne dit-on pas que les maisons d'édition cherchent de jeunes esprits pour trouver au mieux les bons filons de la nouvelle littérature?
Allez, je me décide, et cette fois c'est définitif, j'y vais!
C'est un grand pas pour moi.
J'ai déjà été refusée deux fois pour m'être désistée aux entretiens.

Me voilà douchée, habillée, repue... Je n'ai plus qu'à prendre les clefs de l'appartement, et je file. Il est 7h35 mais je ne trouve pas les clefs. C'est la panique!
Ca y est je les ai vues sur le rebord de la cheminée dans le salon. Je les attrape et j'y vais... j'en profite juste pour jeter un coup d'oeil dans le miroir...

Il est 7h57. Cela fait maintenant dix minutes que je suis sans voix devant le grand psyché au dessus de la cheminée. Je suis toujours en train de me demander si tout cela est bien réel. Il est encore possible que je sois en train de rêver. Je n'ose pas bouger. J'ai peur de me prendre la réalité de la situation en pleine figure. Si je bouge et que ce que j'espère ne se produit pas c'est la fin de tout. Mais si je ne bouge pas, ce sera pire...
Il est 8h12. Je suis assise sur le canapé. Une tasse de café bouillant tremble dans mes mains. Je suis complètement perdue, j'ai peur, et je suis en retard. Je n'ose pas prendre le téléphone pour les prévenir que je ne viendrai pas. Je n'ai pas d'excuse à leur donner. Si je leur donne la véritable explication je suis sûre de ne pas obtenir le poste.

A présent je m'agite devant la grande glace. Rien ne se passe. Dans son cadre blanc et inésthétique, le grand miroir se moque de moi. Il me nargue, me refuse la vérité. Il m'a volé mon reflet.
Dans ce cadre blanc et inesthétique, la seule chose qui m'apparaît est le reflet du Mont Moucherotte à travers la fenêtre de mon salon On peut également y apercevoir de temps en temps un oiseau qui passe juste devant le fenêtre, l'extrémité de mon canapé et un vieux magasine étalé sur le tapis rouge et blanc. Mais moi je n'y suis pas. Je n'y suis plus. Je n'existe plus pour ce miroir. Il me renie, comme je renie l'echec et la déception...
Tous me refusent ce que je leur demande ; mes vieux cédés brillants, ma télévision nettoyée à la perfection, mon vieux four micro-ondes, même mes petites cuillères... Je ne suis plus personne.

Il est 8h33. Je prends sur moi et je décide d'aller à cet entretion quand même, et ce, malgré mon retard inexcusable. Je suis donc dans le bus 5 minutes plus tard. Et j'arrive finalement à destination à 8h52.
Je suis assise sur le grand divan rouge de la salle d'attente, après avoir bravé non sans peine, le regard mauvais et réprobateur de la secrétaire. Au bout de quelques minutes cette dernière s'approche de moi et me dit d'un ton glacial que M. Bailyne est en entretien pour le moment, mais qu'il fait preuve d'une grande indulgence en décidant malgré tout de me recevoir. Elle m'indique l'endroit où se trouve le bureau du directeur et s'éloigne me lançant un regard farouche.
Selon ses instructions je prends donc l'ascenseur et appuie sur le gros bouton qui indique l'étage numéro sept. Puis machinalement je me tourne vers le grand miroir, qui ne se décide pas, lui non plus, à me refléter. Alors que les larmes me montent aux yeux, l'ascenseur stoppe sa course au troisième étage, ouvrant ses portes à un jeune homme qui semble préoccupé. Il m'adresse un bref signe de tête en guise de salutation et se terre dans un coin de l'ascenseur, après avoir rappuyé sur le septième bouton.
Tout comme moi il se mire dans le psyché, afin d'arranger ses cheveux bruns aux mèches rebelles. Lorsque je suis son regard je suis forcée d'admettre que ce n'est que sur moi que le miroir s'acharne, puisque le jeune homme ne réagit nullement à mon absence de réflection. Le miroir encore une fois n'offre que la vue de l'inconnu, grand, plutôt séduisant je dois l'avouer, perdu dans les pensées, et revêtant une chemise, à vue d'oeil, récemment tachée de café qu'il tente tant bien que mal de dissimuler derrière un épais dossier rose pâle.

L'ascenseur fini par s'arrêter au septième étage. Le quidam sort précipitemment me jetant un regard oblique. Je me décide enfin à l'imiter pour rejoindre le bureau B 113 au fond du couloir à droite.
Une fois devant la porte, mes pensées se bousculent. Que faire? Dois-je frapper? Et si je décidais de partir? Si je décidais de ne pas participer à l'entretien?
Des éclats de voix me tirent de mes rêveries... Le jeune homme de l'ascenseur sort de la pièce mitoyenne au bureau du directeur, puis se dirige vers moi et sans une parole, frappe à la porte. Je n'ai pas le temps de réagir qu'une voix rauque grogne « Entrez! »

L'homme ouvre alors la porte et s'engouffre dans la pièce, tandis que je suis ses pas.
« Ah c'est vous Damien! Entrez donc, je voulais vous voir pour que vous montriez à Mademoiselle son nouveau bureau...»

Tout s'enchaîna alors très vite. Le directeur s'apperçu de ma présence, tandis que je pris conscience de celle de la jeune femme qui me tournait le dos et qui maintenant me faisait face.
J'étouffai un cri de surprise qui s'accompagna de celui dudit Damien. Le directeur incrédule nous regarda successivement, la jeune femme et moi.
Cette dernière était habillée de la même manière que moi, coiffée à l'identique, et tout comme moi, avait les yeux vairon. Cependant son oeil droit était noisette, tandis que le gauche était d'un noir de jais. Les miens sont différents ; mon oeil gauche est noisette et le droit est noir...
Je réalisai alors qu'elle me ressemble comme un reflet de miroir.

Personne n'osa prononcer le moindre mot durant les 5minutes qui suivirent mon entrée. Ce fut finalement Rémy qui brisa l'épais silence en demandant son nom à la jeune femme d'une voix douce. D'un sourire radieux, celle-ci lui répondit à voix haute
« Demandez donc à Mademoiselle, jeune homme, elle saura sûrement mieux vous répondre que moi! »
Je sentis leurs trois regards se poser sur moi, dont celui du patron lourd de reproches.
Je peinai à articuler quelques mots.
« Je ne sais plus Messieurs », répondis-je déconcertée, les yeux rivés sur mon reflet.
Elle sortit alors de son sac un petit miroir de poche et le tendit à Damien. Sa main tremblait lorsqu'il saisit l'objet. Il se regarda dedans et me lança un regard interrogateur.

Alors, pour la première fois de ma vie, mes gestes étaint sûrs, confiants, je n'eu pas peur d'ête déçue. Je savais ce que je trouverais en posant mes yeux sur la surface glacée du petit miroir. Je ne craignais plus ma déception, je ne craignais plus d'échouer, je savais que ce que j'allais démontrer était juste. Le jeune homme, contempla la petite glace, et je vis son regard se poser successivement sur mon reflet, le miroir qui l'avait libéré et moi. Il dut finalement se rendre à l'évidence, celle qui lui faisait face assise dans le fauteil moelleux du directeur, incrédule, était bel et bien mon reflet de miroir.
Je ne savais que faire, même si cela ne me procurait pas la moindre inquiétude. J'étais tranquille, je ne pensais plus aux conséquences de ce que je pourrais dire ou faire.
Toutefois avant que j'ai pu faire quoi que ce soit, le directeur, visiblement en colère, explosa. Il devint tout rouge, et déchira le contrat qui venait d'être signé.
« Mesdemoiselles, je n'apprécie pas que l'on se moque de moi de la sorte, je suis navré mais, j'estime que votre petit numéro n'est pas digne de quelqu'un qui aspire à un travail sérieux! Par ailleurs, si vous avez besoin de régler certains problèmes familiaux avec votre soeur, je ne suis pas assistante sociale! »
Mes pensées ne parvenaient pas à s'organiser de façon rationnnelle, mon esprit était victime d'un écho. La jeune femme, elle, avait le regard braqué sur Damien. Elle le regardait avec une sorte de défi dans les yeux, tout en lui souriant. Celui-ci avait parfaitement saisis la situation. Il avait céssé de nous regarder à tour de rôle. Et tentait de faire comprendre au directeur l'absurdité des ciconstances.
Pourtant ce dernier ne semblait pas disposé à entendre raison. Je regardai mon reflet, une pointe d'amertume dans les yeux. Tout en elle reflétait ce que j'étais, ce que je pensais, mes plus profonds doutes étaient présents dans son regard.
C'est alors que je pris conscience que si j'avais obtenu le poste en premier lieu c'était de son simple fait à elle. Elle s'était exprimée en mon nom, s'était débarrassée de tous mes doutes et de toutes mes inquiétudes, n'avait pas pensé aux conséquences que ses faits et gestes auraient pu avoir. Elle avait simplement décrit ce que je voulais être, avait refoulé ce que je ne devais pas être, et m'avait fait paraître confiante et digne de confiance.
Ainsi, j'avais obtenu le poste.

Je voulais m'éclipser, disparaître dans le miroir pour remplacer mon image, la laisser vivre une belle vie pour moi. Ma déception m'avait encore une fois rattrapée. Je n'étais pas digne de la place qu'on voulait m'offrir. En revanche, elle l'était. Mes doutes prenaient encore le dessus, je ne savait plus qui j'étais ni qui je devais être. Pourquoi continuer à me torturer quand je pouvais choisir de devenir le reflet de moi-même, devenir celle qui ne fait que reproduir et qui ne pense pas. Je serais celle qui éxecute, qui imite. Rien de plus. Je renierais mon propre être comme mon image m'a reniée il y a quelques heures, je renoncerais à la réalité pour l'illusion d'une vie heureuse... à travers moi-même, à travers un miroir.
« Au revoir Monsieur le directeur, pardonnez cet incident navrant... Jeune homme...»
J'accompagnait mes paroles d'un bref signe de tête, excédée par cette matinée qui virait au cauchemar. Je ne pris pas immédiatment conscience que mes paroles avaient été prononcées en même temps que les siennes. Ma voix dans sa gorge, avait fait écho à mes mots, ses gestes avaient suivi les miens... Elle me prit doucement la main. Son contact était doux et irréel, presque invisible et indétectable. D'un simple sourire, elle s'estompa, me laissant seule et estomaquée. Une larme me monta aux yeux tandis que je comtemplais mon reflet dans la vitre en face de moi. Elle me souriait, puis d'une signe de la main, repris les mêmes mouvements que les miens.

Le directeur, saisit alors une liasse de papiers sur son bureau et d'un ton presque abrupt, me demanda
« Alors où en étions nous Mademoiselle ? Ah oui, nous allions signer votre contrat ! Venez donc vous asseoir. »
Ahurie je lançai un regard interrogateur à Damien qui semblait tout aussi décontenancé que moi. Je suivis alors les instructions du directeur et m'enfonçai dans le fauteuil moelleux. Après les formalités, le patron somma au jeune homme de me guider jusqu'à mon nouveau bureau...
Je quittai alors l'office spacieux et lumineux où, en ce matin glacial de Mars, j'avais fait connaissance avec moi-même et fais un énorme pas dans ma vie. J'avais enfin compris qu'il était temps pour moi de grandir, de prendre sur moi, d'accepter l'imperfection, de dompter la complexité de mon être, d'admettre mes erreurs, et surtout de vivre.

# Posté le samedi 28 juin 2008 20:12

Modifié le mercredi 29 juillet 2009 12:52

Tram? Mouais...

Il ne sait pas.
Je le regarde. Il ne le sait pas.
L'étranger. Enfin pas tant que ça.
Lucas.
C'est tout ce que je sais de lui.
Je ne le connais pas, mais je veux tout savoir de lui.
Je veux me plonger dans sa vie pour oublier la mienne.
Je veux juste sa vie. Lui, je m'en fous.

Et puis toi là-bas, rêve pas, des choses inutiles t'en boufferas encore. Tu te plains de perdre du temps? Mais profites-en, bientot tu n'en auras plus.
Tu sais le temps c'est plus facile à voler qu'une voiture.
Et pourtant on condamne pas encore pour ça.
Tu veux du temps, petite, mais apprends déjà à le prendre, à défaut de le savourer.

Trop lourd ton sac Madame. Mais ton sac, il est minuscule. Si tu veux je te le porte. Je peux même te le porter jusqu'à Edinburgh. C'est pas grand très loin, c'est pas grand chose. Donne moi ton sac. C'est lourd. Mais donne moi aussi de quoi m'en aller d'ici, de cette foule, de ces gens, d'ici.

Je veux sortir. Comme toi Lucas.
Tu as eu droit à un arrêt de moins.
Pourquoi Les Granges? Pourquoi pas moi?
Je m'en fous que tu sois vieux.
Que tu parles à ta fille au téléphone depuis 10 minutes...
Moi je veux juste sortir de ce tram.

# Posté le jeudi 06 novembre 2008 13:03